Le Marchand d'oiseaux Broché – Robert Brasillach

16,00

2017, Pardès, 214 pages.

Le Marchand d oiseaux, le troisième roman de Ro­bert Brasillach, parut en 1936. On y retrouve ses thèmes de prédilection : jeunesse, Paris du début des années 30, petites gens de la capi­tale, person­nages étranges, tel ce marchand ­d oiseaux, mystérieux représen­tant du ­Destin. Mais, depuis L Enfant de la nuit, de nouveaux éléments ­s'insè­rent ou s'accentuent : crime, violence, as­sassinat. La nature cruelle de certains enfants et jeunes gens apparaît de façon plus insistante, l'effet des familles dysfonc­tionnelles au sein de la ­société urbaine se fait nette­ment sentir. Tandis que la maternité, l amour, l'amitié, les ­difficultés des sentiments en général, sont traités avec délicatesse et subtilité. Possédant le charme caractéristique du Brasil­lach romancier, Le Marchand d oiseaux ne cède ni au réalisme social ni au populisme. C'est une synthèse d influences: les films de René Clair, les pièces de Jean Giraudoux, la notion de grâce dérivée de conversations avec son ami Roger Vailland, le maurrassisme, le proudho­nisme et, bien sûr, le réalisme du jeune journaliste. Le personnage principal est pit­toresque, avec ses perruches et serins dans des cages jumelles, portées en balancier sur son épaule de vieux sage oriental. Peut-être, à cause de ce nimbe un peu «bouddhique», serait-il intéressant de ­noter qu un sondage, lancé en 1950 par le quotidien saïgonnais Le Journal d'Extrême-Orient, a sacré Le Marchand d oiseaux comme « un des douze meilleurs romans du demi-siècle ». Aujourd hui, nous pouvons comparer la vision de Paris présentée ici avec celle, par exemple, du film Le Fabuleux Destin d Amélie Poulain (2001). On y trouve la même attention ­accordée aux êtres ordinaires, dont le destin se révèle être tout, sauf « ordinaire ». Et puis, il y a le fata­lisme, comme dans L Enfant de la nuit, expri­mé comme une morale irréfutable par Laurent un jeune étudiant, convaincu qu'il mourra dès la ­trentaine passée : «[...] il ne faut pas aller contre sa ­destinée.»