Pierre Laval Broché - Fred Kupferman

12,00

2006, Le grand livre du mois, 354pp.

Paris, octobre 1945. Cravate blanche, légende noire, Pierre Laval comparaît devant la Haute Cour. Latte d'accusation s'appuie sur une phrase qui résonne toujours dans les oreilles des Français : " Je souhaite la victoire de l'Allemagne, parce que, sans elle, le bolchevisme s'installerait partout en Europe. La défense du réprouvé tient en deux cris : " On nia toujours combattu par le mensonge ", " Je meurs pour avoir trop aime mon pays. " Dans la mémoire collective, cet homme occupe une place unique. II a toujours concentré sur lui les rancœurs, en 1935, quand on lui fait porter les péchés de la crise, comme en 1945, quand il incarne à lui seul tous les actes de Vichy. Mais l'homme politique controversé dès ses débuts ne doit pas occulter l'autre Laval : l'Auvergnat attaché à sa petite patrie comme à la France, le maire inamovible d'Aubervilliers, le solitaire sorti du socialisme qui tisse un prodigieux réseau d'amitiés dans tous les partis, le père oublié des assurances sociales, l'héritier de Briand, le diplomate qui tient les cartes de la France devant Hoover, Mussolini, Staline et Hitler. C'est en 1987, un an avant sa mort, que Fred Kupferman, qui enseignait l'histoire contemporaine à la Sorbonne et à HEP publia la première biographie de référence de Pierre Laval, dont la critique salua l'objectivité et la sérénité. " J'aurai passé une partie de ma vie à écrire sur quelqu'un qui ne m'aimait pas ", plaisantait-il, lui qui a porté enfant l'étoile jaune et dont le père déporté est mort à Auschwitz. " Non, Laval ne l'aimait pas ", souligne Henry Rousso dans sa préface à cette nouvelle édition, " pas plus qu'il n'aimait les milliers d'enfants juifs livrés volontairement au Sipo-SD, après la rafle du Vel d'Hiv, en juillet 1942. " Cette relation exceptionnelle entre l'auteur et son sujet explique sans doute le caractère fascinant d'un ouvrage historiquement impeccable.